LA VIE EST LASSE
Paroles de Michel Saint-Sauveur
Il y avait la terre, il y avait le ciel,
Le jour et puis la nuit, les fruits, les fleurs, le miel,
Sans que rien ne soit bien, sans que rien ne soit mal,
Les animaux vivaient une vie d'animal.
Les oiseaux dans les airs, dans la mer les poissons,
Et le chant des baleines et celui des pinsons,
Tout autour du soleil l'astre suivait son cours,
Le temps n'était pas long pas plus qu'il n'était court.
Les singes auraient mieux fait de rester dans les arbres,
Et poursuivre sereins leurs rites immuables,
Il était inutile de se mettre debout,
Pour se tirer la langue et se chercher des poux.
Honte au premier bipède qui prit de la terre,
Et de quelques piquets créa une frontière,
Honte à celui-là qui prêtant un bout de pain,
S'en fit rendre le double dès le lendemain.
La vie est lasse, lasse, lasse,
Pleurent les fontaines Wallace,
La vie qui passe est une impasse,
La vie est lasse, lasse, lasse.
Notre vieille planète est vendue aux enchères,
Et le sable des plages et puis l'eau et puis l'air,
Tout ce qui vit dessus est coté à la bourse,
Les êtres ou les choses sont dans la même course.
Les pays et les races sont des subterfuges,
Car le patriotisme est le dernier refuge,
Le dernier bastion des gredins et des sots,
Nourris de ces fadaises depuis le berceau.
Les causes débattues par des tirs de roquettes,
Ou des haines tribales tranchées à la machette,
De carnages en charniers, de viols en hécatombe,
Les cris des innocents jaillissent d'outre-tombe.
Dieu, Allah, Jéhovah, Yahweh et compagnie,
En leurs noms on commet combien d'ignominies,
Tous les camps sont touchés, le fanatisme exalte,
Personne au-dessus d'la mêlée pour crier: -Halte!
La vie est lasse, lasse, lasse,
Pleurent les fontaines Wallace,
La vie qui passe est une impasse,
La vie est lasse, lasse, lasse.
Deux cents hommes, à peine, se partagent la terre,
Pour des motifs que l'on prétend humanitaires,
Se déchirent entre eux, ils voudraient être cent,
Quitte à tout mettre à feu, prêts à tout mettre à sang.
Quand ils seront cinquante, ils voudront être dix,
Et le dernier debout, sur un tas d'immondices,
N'aura plus rien d'humain, ni plus rien d'animal,
Sera-t-il trop tard pour notre vaisseau spatial?
Les singes auraient mieux fait de rester dans les arbres,
Plutôt que de transformer les forêts en marbre.
D'étendre du bitume dans le lit des rivières,
Et cracher aux étoiles des tonnes de poussières.
Après s'être battus pour scier le dernier chêne,
Sans avoir su aimer, et sans briser leurs chaînes,
N'ayant plus une branche sur laquelle remonter,
Ont fait deux petites tours puis ils s'en sont allés.
La vie est lasse, lasse, lasse,
Pleurent les fontaines Wallace,
La vie qui passe est une impasse,
La vie est lasse, lasse, lasse.
© 2008 Michel Saint-Sauveur
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