LES COLS BLEUS
Paroles de Marc-André Lapointe
« Le matin, j’me lève à cinq heures,
L’été, ‘fait clair, l’hiver ‘fait noir,
Je r’garde quel temps qu’y fait dehors,
Pour voir si y faut j’aille chauffer l’char,
Ej’mets ma froc bleue carreautée,
Mes caps d’acier, mes gants d’jobbeur,
Pis comme j’suis pas chef cuisinier,
J’m’en va manger au dépanneur.
En général, les gars sont là,
Paul, Jeff, Orens et puis André,
On jase en prenant not’ café,
Ça fait un tas d’trucks dans l’entrée ;
Paul a toujours de quoi à dire,
J’sais pas comment il fait, c’lui-là,
Y’a des histoires à pu finir,
Pis i’ sont bonnes à part de t’ça.
Orens nous conte sa job d’hier,
Dix runs de tourbe à Saint-Omer ;
Ç’a bien été, sauf qu’un m’ment d’nné
Son traileur allait tout d’travers ;
Jeff, c’t’un gardien d’sécurité
Il veille de nuit, il dort de jour
Quand il s’en va, il dit «C’toujours
Les meilleurs qui partent les premiers».
M’a toujours ben m’prendre un gratteux,
T’à coup qu’j’ai l’numéro chanceux ?
Si jamais j’gagne, toi el commis,
Pis tout’ mes chums qui sont ici,
M’a tellement vous payer la traite,
Y’a plus un chat qu’aura des dettes,
Promis, juré, tout’ à retraite !
Et puis non, tiens, met-moi s’en deux...
Paul c’t’un travailleur saisonnier,
Mais personne sait à quelle saison,
Pis l’dépanneur de not’ quartier,
C’est pas mal sa deuxième maison ;
Il jase tout l’monde, même le commis,
Comme si c’tait son meilleur ami ;
Quand y’é pas là, ça manque de vie,
D’mandez-moi pas s’qu’on f’rait sans lui.
Mais va falloir j’y aille ben vite,
Si j’veux pas être pris dans l’traffic ;
Un p’tit coup d’oeil j’té su’l’journal
Pour voir c’qu’ya d’neuf dans les annales :
Le prix d’l’essence a descendu,
Les Canadiens ont pas perdu,
Moins six degrés, ciel dégagé,
Ça devrait être une bonne journée ».
C’est un peu Les copains d’abord,
Pense le commis en s’en allant ;
Mais c’chanson là, y’a connaissent pas,
À la radio, c’est pas leur fort.
© 2007 Marc-André Lapointe
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